Romain Bresson assemble des bustes, des animaux et des divinités à partir de métal mis au rebut. Son atelier, Niotte Prod, occupe un village de Haute-Saône. Sa démarche tient en une phrase, la sienne : « je contraste l’humain avec la machine ».
L’enclume du grand-père
Le sculpteur livre lui-même son récit d’origine : « C’est en sentant l’odeur et le bruit du métal résonnant sur l’enclume de mon grand-père ». La phrase suffit à planter le décor — une enclume dans la famille, un bruit et une odeur qui ne quittent plus celui qui les a connus enfant.
Du métal subi au métal choisi
Avant l’atelier, l’usine : Romain Bresson a travaillé chez PSA. Le métal y relevait de la production avant de devenir une matière à lui. Le basculement porte une date précise, le 1er mars 2016, jour de création de son entreprise sous le code d’activité des sculpteurs et statuaires. Dix ans plus tard, en mars 2026, il écrit : « Cela fait 10 ans que j’ai rencontré le métal ». Le chiffre et l’immatriculation concordent.
Niotte Prod s’installe à Dampierre-sur-Linotte, en Haute-Saône, commune dont relève la localité de Presle — deux noms pour un même lieu, selon l’échelle à laquelle le visiteur le cherche.
La matière avant la forme
« Je réalise différents types de sculptures en fer à partir de matériaux de récupération » : la définition vient du sculpteur, et elle place la matière avant le sujet. Des bouteilles de gaz usagées fournissent les volumes, des ferrailles assemblées dessinent les masses. L’oxydation demeure visible : Romain Bresson ne dissimule pas la provenance de ce qu’il emploie. Chaque pièce porte ainsi deux âges, celui de l’objet rebuté et celui de la forme qui lui succède.
Un bestiaire et des divinités
Bustes, animaux, divinités : trois registres, que le sculpteur ramène à deux mots, « la bestialité, l’humanité ». Le bestiaire domine — cerfs, rapaces, et en mars 2026 King, un buste de gorille de quatre-vingt-dix centimètres monté à partir de bouteilles de gaz. En octobre 2026, une vache de soixante centimètres y ajoute l’animal de ferme. Les séries jalonnent le parcours : Éclipse en 2017, Règne d’acier en 2019, Bas les masques en 2022.
La commande publique a retenu plusieurs pièces : un Jardinier en métal pour la mairie de Saulx-de-Vesoul en 2016, Union et La Lune pour le jumelage entre Vesoul et Gerlingen en 2017, une sculpture de la Résistance installée à Rioz en 2019, un Arbre de vie à Dijon en 2025.
Sa galerie en ligne, elle, ne titre presque rien : les fichiers s’appellent « cerf1 », « rapace-deux ». Le corpus reste en grande partie anonyme, comme si le nom revenait à la matière plutôt qu’à l’œuvre.
Quatre mains
La collaboration tient chez lui du réflexe. Avec la sculptrice Bétina Broussaud, le métal rencontre le bois flotté : Équinoxe est née de cet échange. Avec la peintre Martine Heidet, il mène la série Symbiose. Il travaille également avec le light-painter San Art, avec le musicien Silvère Gravelin dans le projet Corosteler, avec les tatoueurs Jeff Mougenot et Pink’Art Roz, et avec l’association REVIS autour de la vie sauvage des décharges. Rares sont les sculpteurs qui ouvrent aussi largement leur atelier.
Trois prix, une soixantaine d’accrochages
Les distinctions se comptent sur trois doigts : le prix du jury de Novil’Arts, à Novillars, à la Pentecôte 2016 ; le prix du jury dans la catégorie artisanat d’art d’Art’Thise la même année ; le prix de sculpture du GAV de Saint-Dié-des-Vosges en juillet 2019. La Filature Japy l’accueille comme invité d’honneur de son exposition de bonsaï en octobre 2020.
Le reste se mesure en accrochages : une soixantaine depuis 2015. Lons-le-Saunier, Besançon et sa Biennale des arts, la chapelle de l’hôtel de ville de Vesoul, le festival du film fantastique de Gérardmer, les Imaginales d’Épinal, Zillisheim. Montbéliard figure déjà sur cette liste en 2017, à la Galerie Encadrement Montagnon. Le sculpteur y revient du 24 octobre au 6 novembre 2026, au Comptoir Photo, avec « Vestiges du futur ».
Vestiges du futur
Ce titre d’exposition n’a pas été inventé pour l’occasion : l’expression figurait déjà dans la présentation de son propre site. Elle résume assez bien ce que fabrique Romain Bresson. Ses pièces naissent de ce que l’industrie abandonne et prennent la forme d’animaux et de figures qui semblent arriver d’ailleurs. Le déchet d’hier y passe pour le vestige d’un monde à venir.
Repères
- Atelier — Niotte Prod, Dampierre-sur-Linotte (70230), Haute-Saône.
- Matière — métal de récupération, bouteilles de gaz, ferrailles assemblées, oxydation laissée apparente.
- Registres — bustes, animaux, divinités.
- Séries — Éclipse (2017), Règne d’acier (2019), Bas les masques (2022), Symbiose avec Martine Heidet.
- Dernière pièce — une vache en métal de récupération, 60 cm, octobre 2026.
- Exposition en cours — « Vestiges du futur », Le Comptoir Photo, 15 rue de la Sous-Préfecture, 25200 Montbéliard, du 24 octobre au 6 novembre 2026.
- Site de l’artiste — niotteprod.com.
Pour une pièce précise ou une commande, passez par le formulaire de contact.
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ArtNova.Gallery documente le travail de Romain Bresson à titre éditorial. Sources : le site de l’artiste et la presse locale.

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