La création tunisienne se découvre dans une pluralité de voix. Les mémoires du territoire, les circulations méditerranéennes et les recherches les plus personnelles s’y rencontrent sans former un langage unique. À la peinture répondent les arts du textile, la céramique et la sculpture ; les œuvres composent leurs propres chemins entre héritage et invention.
Quelques regards permettent d’entrer dans cette richesse. Ils dessinent des voisinages plutôt qu’un panorama définitif : la présence historique de Safia Farhat, les passages entre médiums chez Amin Chaouali, la mémoire figurée d’Olga Malakhova et la sensibilité colorée d’Henda Labidi.
Safia Farhat, la force d’un héritage
Safia Farhat (1924–2004) occupe une place importante dans l’histoire artistique tunisienne. Son parcours, présenté par AWARE, témoigne d’une pratique où les arts plastiques, le textile et la transmission se rencontrent. Ses œuvres tissées, mises à l’honneur à la Biennale de Venise en 2022, portent cette ambition d’inscrire la création dans un espace partagé.
La tapisserie invite à penser ensemble la surface et la durée. La forme s’y construit par le travail de la fibre, par les rencontres de couleurs et par le rythme de la composition. Cet héritage offre un repère pour regarder la manière dont les artistes font dialoguer les savoir-faire et les recherches plastiques.
Amin Chaouali, les accords de la couleur et du volume
Chez Amin Chaouali, la diversité des supports laisse affleurer une même énergie d’invention. La peinture et la céramique entretiennent des correspondances ; la sculpture en déplace les contours. Le regard y retrouve des figures, des présences animales et un goût de la couleur dont le bleu demeure l’un des accents les plus reconnaissables.
Le pointraillisme appartient à cette histoire plastique. La fragmentation de la touche produit une vibration où la surface paraît s’animer de l’intérieur. D’autres recherches prolongent cette mobilité à travers le volume et les jeux de lumière. Le travail de l’artiste se découvre dans ces variations, avec leur continuité et leurs écarts.
Olga Malakhova, la mémoire en couleurs
Née en Estonie et installée en Tunisie depuis 1987, Olga Malakhova compose un univers nourri de personnages, de bestiaire et de motifs ornementaux. La mémoire tunisienne s’y déploie avec une chaleur narrative, dans des tableaux où le détail conduit l’œil et enrichit la scène.
Les références aux mosaïques et aux traditions céramiques deviennent les éléments d’une langue personnelle. Dans Couple au dromadaire, le titre ouvre déjà un espace de connivence entre l’humain et l’animal. La fantaisie donne au patrimoine une proximité affectueuse, comme une histoire ancienne que la peinture rendrait à nouveau familière.
Henda Labidi, une sensibilité musicale de la peinture
L’exposition Melody, présentée à la Galerie Saladin de Sidi Bou Saïd du 12 au 28 septembre 2025, offre une entrée dans le travail d’Henda Labidi. La couleur y invite à une lecture rythmique : des accents se répondent, des passages s’allègent, une composition trouve son équilibre dans la circulation du regard.
L’analogie musicale permet d’approcher cette présence de la peinture. Une toile peut retenir une intensité, ménager une pause et faire naître des accords dont l’émotion précède la formulation. Le travail de Labidi nous rend attentifs à cette intelligence sensible des rapports colorés.
Des œuvres pour ouvrir la rencontre
Ces parcours révèlent différentes manières d’habiter un territoire de création. L’héritage se transforme au contact des gestes, des matériaux et des expériences de chacun. Une scène artistique prend aussi vie dans ces rencontres entre des histoires singulières, dans ce qui circule entre les ateliers, les lieux d’exposition et les regards.
La découverte gagne alors à se poursuivre au plus près des œuvres. Un format, une matière, une lumière donnent à chaque pièce sa présence propre. La sélection d’ArtNova.Gallery invite à prolonger cette rencontre, et à laisser un premier attrait devenir une attention durable.

Votre commentaire